La mémoire

Memory

La mémoire…

Je viens d’écouter pour la 2ème fois le court métrage d’Ian England qui est présentement en nomination pour un oscar. C’est ce soir que nous saurons s’il est gagnant. Ce n’est pas pour l’encourager nécessairement comme une groupie que je parle de ce court métrage. C’est surtout parce que dernièrement, plusieurs films sur l’Alzheimer et la vieillesse sont venus m’interpeller :

–          Away from her (2006) de Sarah Polley avec la toujours jolie Julie Christie.

–          Amour (2012)  de Michael Haneke avec Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva

–          Henry (2012) d’Ian England avec Gérard Poirier et Marie Tifo

Et ceux-ci ne sont seulement ceux que j’ai particulièrement aimés et vus. Il y en a sûrement tellement d’autres.

Pour moi, je n’ai pas été touché par beaucoup de film sur l’Alzheimer parce qu’on en parle souvent comme d’un drame déprimant où il n’y a aucun moment de lumière. Encore une fois, à mon avis, il est rare qu’on prenne vraiment le temps de parler ou d’aborder vraiment les effets de l’Alzheimer ou de la vieillesse au quotidien non seulement chez la personne souffrant de la maladie mais auprès de son entourage dans un film. Souvent les gens âgés sont personnifiés par des gens de 40-50 ans en santé, avec des retraites au soleil, toujours entourés d’amis ou de famille, avec des vies bien remplies ou encore mourants, agonisants. Mais ces films-là abordent une réalité qui est souvent mise de côté et qui est loin du glamour hollywoodien. Je m’imagine, oublier tout ce que j’ai vécu, me retrouver dans des années antérieures de ma vie alors que tout autour de moi est ailleurs avec mes proches qui tentent de comprendre, réaliser que j’oublie petit à petit ma vie, l’identité des gens que j’aime. Dans les beaux comme dans les moins beaux jours, comment ça progresse?

De penser à ce que tous vivent autour de la personne qui perd la mémoire, de voir la confusion chez la personne qui tente de se rappeler c’est vraiment touchant. De sentir la personne totalement présente à ce qui se passe puis soudain s’en aller momentanément, ça me rappelle mes propres grands-parents qui ne sont malheureusement plus de ce monde. J’aurais aimé les connaître plus, connaître leurs souvenirs, leurs joies, leurs peines, ce qu’ils ont vécus mais la vie étant ce qu’elle est, je n’ai pas saisi cette chance de les côtoyer souvent. Parfois ils étaient présents au moment où nous y étions, parfois ils nous voyaient comme leurs sœurs, parents ou même comme des livreurs d’épicerie. Pas toujours évident de s’y retrouver, on ne sait pas toujours si on doit jouer le jeu ou les confronter…

Ces films-là mettent aussi en lumière comment on peut passer à côté de bien des choses en étant en contact avec ces gens-là seulement ponctuellement. Je garderai toujours ce dernier souvenir de mon grand-père dans son lit qui tentait de nous dire quelque chose et les autres interprétaient ce qu’il demandait. Il répétait sans cesse la même chose : «  Monter en haut » sans arrêt. Je me rappellerai toujours ce que j’ai dit à mon grand-père à ce moment-là, lui qui ne me reconnaissait plus du tout : « Grand-papa, on ne se comprend pas hein ? » et lui de me répondre en me regardant droit dans les yeux : « Non, on ne se comprend pas ». C’est alors que j’ai dit aux autres qu’il souhaitait peut-être qu’on le replace dans son lit en le montant sur son oreiller. Une fois qu’il était plus confortable, avec le peu d’énergie qu’il lui restait, il a tapé dans ses mains en souriant comme pour nous dire : « Bravo, vous avez enfin compris ». Il voulait qu’on le remonte sur son oreiller, il était inconfortable et il voulait qu’on le replace alors que les gens présents pensaient qu’il parlait de son départ pour les cieux… Je ne suis pas en train de juger ce que les autres ont pensé, loin de là, ça m’a juste frappé à quel point ce n’est pas toujours facile de comprendre ce qui se passe. À ce moment-là, j’ai compris à quel point il faut être attentif, être présent à ce qui se passe ici et maintenant. Nous aurions tous pu passer à côté de ce que mon grand-père voulait et peut-être l’avons nous fait…

Mon esprit imagine tous les soignants, aidants qui sont là et qui font de leur mieux pour comprendre leurs patients jours après jours. Ces aidants ne savent pas toujours de quelle humeur seront leurs patients. Ils sont parfois à être dans leur plus stricte intimité avec les soins qu’ils ont à leur prodiguer. Parfois dans le monde de ces patients, ceux-ci ont des réactions qui sont tout à fait cohérentes comme dans le court métrage Henry alors que tout le reste autour ne concorde pas ou ne fait pas de sens pour les autres.

Dans le film Amour(2012), la fille de la dame qui est malade vient voir son père et lui dit à quel point il faut faire ceci ou cela, que ça n’a pas de sens de vivre comme ça en voyant sa mère. La réplique du père dans le film est tellement réaliste : « De quel droit osez-vous penser savoir ce qui est mieux pour elle que moi qui est là tous les jours? » Il lui répond que c’est elle qui a un problème à vivre avec ça, pas eux… Ce qui est tout à fait vrai. De l’extérieur on a probablement souvent l’impression de savoir ce qui est mieux comme si les gens proches du ou de la malade n’y ont pas déjà pensé 2000 fois, n’ont pas retourné la question de tous les sens possibles. Ferons-nous la même chose quand nos parents seront rendus là? Serons-nous capables de les voir petit à petit être de moins en moins en santé? Avec notre population qui est vieillissante et avec la génération de mes parents qui souhaitent rester à la maison, la question se posera pour bien des gens de mon âge dans plusieurs années. Bien des familles se sont déchirées en prenant ces décisions-là, nous ne serons pas  épargnés de ces questions-là nous non plus.

On entend ce qui se fait dans les foyers, les résidences. La plupart, je le crois sincèrement, travaillent d’arrache-pied à prodiguer les meilleurs soins à leurs résidents mais d’autres le font moins bien. Parfois, certaines maladies sont très lourdes pour l’entourage qui n’a d’autre choix que de les reloger à des endroits où les soins seront spécialisés. Est-ce à dire que tous ces gens-là le font froidement pour s’en débarrasser? Je ne le crois pas, ça doit être une décision très difficile à prendre. Mais si c’était de nous dont il s’agissait, est-ce que nous voudrions que nos enfants décident la même chose que ce que nous ferions avec eux?

Je n’ai pas la prétention d’avoir toutes les réponses à ces question ne vous en faites pas. Je fais simplement me dire qu’un jour nous aurons probablement tous individuellement à nous positionner par rapport à ça. En attendant, écoutez ces films et réfléchissez comme moi à la question : « Qu’est-ce que je ferais, moi, dans cette situation-là? »

 Bon cinéma et bonne réflexion!

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